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Du papier au TBI : quelle complémentarité ?

dimanche 20 juin 2010, par Marc Deloménie

Avec les Ecoles Numériques Rurales, les Tableaux Blancs Interactifs et les Classes Mobiles sont de plus en plus "connus" sur le territoire. De nombreuses écoles s’équipent même en dehors de ce dispositif. Mais si les outils sont rutilants, qu’en est-il des contenus ? Quelle forme vont-ils prendre ? Qu’est-ce que ça va changer ?

Les manuels numériques.

Il est certain qu’un manuel numérique capte facilement l’attention des élèves. Il n’en demeure pas moins que, pour l’instant, la majorité de ces manuels correspond à une simple image du livre papier et que l’interactivité se limite à quelques outils de zoom, de griffonnage et de caches plus ou moins ergonomiques.
La tendance actuelle semble être le développement de "sites compagnons", sites qui proposent en fait des extensions en ligne pour les séances proposées par le manuel (papier ou numéris ) ; on trouvera ainsi des vidéos d’accompagnement, une iconographie enrichie, des liens externes, de l’actualité, des mises à jour des données avant la nouvelle édition et, pourquoi pas, des forums voire un réel ENT (Espace Numérique de Travail) [1].
Le monde de l’édition est encore dans l’expectative pour ce domaine très nouveau pour lui [2]. Il est également dans le flou au sujet du "juste prix" auquel il conviendrait de vendre ces nouveaux manuels et les tarifs pratiqués actuellement (900 € par an pour certains...) semblent très excessifs pour la majorité des enseignants (surtout dans les petites écoles) qui, pour le même prix, achètent des manuels "papier" utilisables pendant plusieurs années.
La simple projection d’un manuel papier n’est qu’une solution provisoire. L’avenir doit gommer la redondance actuelle pour proposer une réelle valeur ajoutée sans laquelle le numérique aura du mal à justifier un effort financier certain à mettre en balance avec l’habileté croissante des enseignants dans la construction de leurs outils de cours en utilisant les ressources en ligne déjà disponibles.

Le traitement de l’information.

Avoir accès à de nombreuses informations est certes très intéressant mais implique que des stratégies de tri soient en place. À l’école primaire, cela semble difficile et l’enseignant doit être à même de choisir, en fonction de ses objectifs, les documents qu’il mettra à disposition de ses élèves. N’oublions pas qu’une requête sur un moteur de recherche renvoie des centaines de milliers de résultats : le vrai travail est dans les choix qui sont à opérer et nos stratégies font que nous allons plutôt vers ce qui nous est familier, aussi bien pour la forme que pour le contenu. Laisser seuls les enfants effectuer ces choix ne leur permettra pas de progresser efficacement : ils n’ont pas les clés qui leur permettent de contrôler la pertinence des documents ni l’envie de remettre en cause ce qu’ils savent déjà.
Une fois que le professeur a choisi ce qu’il a à montrer, que va-t-il se passer en classe ? Quel travail aura à effectuer l’élève ? Une classe primaire n’est pas un "amphi" où la parole est monopolisée par celui qui transmet. Le "cours magistral" et les "travaux dirigés" sont intimement liés et réduire les élèves à des spectateurs est une erreur à ne pas commettre. Ce serait même le meilleur moyen pour perdre tout l’intérêt suscité par l’outil.
On est ainsi au cœur d’un conflit : l’outil TBI a tendance à mettre l’accent sur l’enseignement plutôt que sur l’apprentissage. L’enseignant a tendance à monopoliser le tableau et à être ainsi le seul à agir. Il me semble important que la classe soit centrée sur les élèves et non sur le professeur ou le TBI. C’est dans ce sens qu’il faut se poser la question de ce que l’on met sur le TBI, sur la place qu’il prend dans la classe et sur tout ce qui va permettre des interactions constructives à l’intérieur du groupe.
Et j’irai même plus loin : le TBI n’est attractif que grâce à la personne qui agit avec lui, professeur ou élève. L’objet technologique n’est efficace à long terme que si ce qu’on lui demande de présenter est attractif en soi. Croire que le TBI rend intéressant tout ce qu’on y voit est un leurre. Si l’attrait de l’outil est toujours là au début, l’intérêt futur sera soutenu par l’implication des élèves. On ne s’implique pas devant une télé...
N’oublions pas le mot important de l’acronyme TBI : le "I" de Interactif.

Quel réel travail pour l’élève ?

Les ressources et activités actuellement disponibles permettent aujourd’hui une bonne complémentarité pour le professeur. Cependant, il me semble que le travail des élèves n’est pas assez pris en compte dans ce qui est proposé . Il n’existe pas d’éditeur proposant des applications en relation avec des manuels existants tirant parti des logiciels propriétaires des TBI. Ces logiciels, malheureusement fermés sur eux-mêmes, proposent tous les outils indispensables aux manipulations que l’on peut effectuer sur les tableaux, en allant bien plus loin que les petites boîtes à outil des manuels numériques.
Le monde du logiciel éducatif n’a que peu d’interfaçage avec le manuel scolaire. De plus, la majorité de ces logiciels est conçue pour une utilisation individuelle avec un suivi de l’élève et il y a peu d’intérêt à le projeter sur un écran.
Ce qui manque aujourd’hui, c’est ce que permettent le mieux les logiciels des TBI : la manipulation. Manipulation de textes, d’images, de sons, de tout ce que peut produire un ordinateur et qui peut être ainsi mis au service d’un apprentissage. Les contrôles automatiques sont alors inutiles : pas de musique entraînante si on réussit ou de sonnerie stridente en cas d’échec. La classe réagit, argumente. Les spectateurs deviennent spectaCteurs ! L’expertise naît de l’expérience de chacun et chacun avance grâce à ces interférences, à ces échanges de points de vue. Chacun doit arriver à exprimer sa pensée devant ses pairs et son enseignant afin de se rassurer et la conforter ou, au contraire, de se rendre compte qu’elle était erronée et la faire évoluer.
On ne doit pas se contenter de projeter des exercices de grammaire à recopier sur son cahier pour les corriger ensuite au TBI. On doit montrer, manipuler, décortiquer la langue, isoler les difficultés rencontrées, en tirer des règles et des exemples. Le tableau est là pour aider à la mise en forme de la pensée, pour amener du concret dans la manipulation de concepts souvent très (trop) abstraits pour beaucoup d’élèves.

En conclusion :

Le tout numérique remplacera-t-il le tout papier ? Le manuel scolaire est-il amené à disparaître ? Le coût de l’équipement informatique et logiciel pour des écoles freine encore cette tendance. Ce qui me semble certain, c’est que la réussite d’un bon investissement dans ce domaine passe par l’accompagnement des enseignants. Ils doivent pouvoir intégrer au mieux ces nouvelles technologies dans leurs pratiques, aussi bien avant (préparation) que pendant la classe.
L’offre éditoriale qui existe actuellement sur le marché n’est pas totalement satisfaisante pour un enseignant de l’école primaire. Il n’existe pas pour les TBI ou les ordinateurs d’une classe mobile ce qu’on trouve dans les guides du maître : des activités de manipulation ou de recherche qui permettent de démarrer efficacement une séance de travail.
C’est par les communautés d’utilisateurs [3] que l’on trouve aujourd’hui ce genre de fichiers et les constructeurs de tableaux ne s’y sont pas trompés en proposant des espaces d’échanges gratuits autour de leurs logiciels. Il est dommage que les professionnels de l’édition scolaire ne soient pas encore présents en étant centrés sur les contenus et la pédagogie plutôt que sur la technique.
Pour l’instant, les enseignants construisent leurs outils au fur et à mesure de leurs besoins [4] mais tous ne sont pas prêts à investir dans la surcouche cognitive d’un logiciel de TBI. Cela viendra avec la manipulation et l’envie d’aller plus loin.
En définitive, le TBI, c’est comme le chocolat : quand on y a goûté et qu’on a aimé, on ne peut plus s’en passer.

Notes

[1Malheureusement, il semble que ce soient plutôt des CD ou DVD-Rom qui ont la faveur des éditeurs pour la rentrée 2011 (voir offre Nathan par exemple). Au lieu d’un contenu dynamique, il va falloir se contacter d’un support figé avec l’obsolescence qui, à plus ou moins long terme, oblige à racheter...

[3Par exemple Promethean ou Smart

[4Par exemple, je mets ici ce que je crée.

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